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Justice pour Kalinka



Compte rendu du procès

Un début de procès a eu lieu du 29 mars au 4 avril 2011, dont voici un court aperçu (pour plus de détails, voir les chroniques quotidiennes) :

Dans un décor somptueux et solennel la cour en face du public comportait la présidente Mme Xavière Siméoni encadrée par 2 magistrats (ses assesseurs), 9 jurés, des greffiers.
A gauche siégeait la partie civile comprenant A. Bamberski encadré par ses 2 avocats, Me Gibault et Me de Caunes, Mme Gonnin et son avocat, et derrière eux l’avocat général qui dirige l’accusation. A droite, Dieter Krombach dans sa cage de verre (où il arrivait appuyé sur une canne), et devant lui ses 2 avocats Me Levano et Me Ohayon. Au milieu, la barre des témoins. Dieter Krombach, bien qu’il parle le français, était assisté par un traducteur, ainsi que les témoins allemands.

Le premier jour a été consacré à établir la légitimité du procès malgré les arguments de la chose déjà jugée en Allemagne et de l’enlèvement illégal. Les avocats de Dieter Krombach se sont appliqués à le faire apparaître comme la victime persécutée d’un Bamberski vengeur. La cour a cependant établi que Dieter Krombach n’avait pas été jugé en Allemagne et que l’enlèvement étant ici un acte privé et non le fait de l’Etat qui fait le procès, celui-ci n’est en rien invalidé par l’enlèvement.

Le procès a donc pu commencer le 2ème jour
La présidente avait pris la précaution de demander un rapport à un cardiologue expert, le Dr Bernard, sur l’état de santé de Dieter Krombach qui, sans aucun document à l’appui, se dit atteint d’une affection cardiaque, et prétend avoir fait 3 ou 4 infarctus. Ce médecin n’a trouvé aucune trace d’infarctus et trouve l’état de santé de Dieter Krombach satisfaisant pour son âge. Un 2ème expert trouve aussi son état général satisfaisant, et ses conditions de détention à Fresnes de très bonne qualité.

La personnalité de Dieter Krombach
Il est demandé à Dieter Krombach de se raconter. Né en 1935 à Dresde, diplômé de médecine et marié à 28 ans (à Monika Hentze, 18 ans), il a 2 enfants, Boris et Diana, mais Monika meurt à 24 ans (thrombose provoquée, dit-il, par une pilule contraceptive trop forte).
Puis départ au Maroc en 72 avec sa 2ème femme épousée 10 mois après le veuvage. Il travaille à l’hôpital de Casablanca et au service de santé du ministère de l’immigration. Liaison avec Danielle Gonnin-Bamberski qui sera sa 3ème femme. Après 2 ans et demi il revient en Allemagne, achète un cabinet médical à Lindau, et devient un médecin respecté. Sur des questions insistantes de la présidente il mentionne la « bêtise » de 97 (le viol avoué de Lora Stehle) qui l’a privé de son autorisation d’exercer, et admet qu’il a malgré tout fait des remplacements.

Témoignages contraires du frère et de la sœur de Monika
Le frère : Dieter Krombach était violent avec sa femme et son fils, les parents Hentze aujourd’hui décédés l’ont mentionné dans un journal. La sœur : Dieter Krombach n’a jamais été violent, mon frère ment et mes parents inventent. Dieter Krombach interrogé nie toute violence mais admet que Monika dû avorter à 15 ans. Il lui faisait des injections de vitamines contre l’anémie.

Les 3 autres femmes de Dieter Krombach avaient aussi 10 ans de moins que lui, remarque la présidente. Il ressort de son portrait par lui-même et par des témoins qu’il est cultivé, généreux épicurien, et n’a pas d’amis. Il se dit travailleur, dépensier, reconnaît qu’il n’a pas été souvent fidèle. Fidèle cependant envers D. Gonnin, mais il reconnaît par la suite avoir menti. Obligé de parler de sa condamnation pour viol sur Lora Stehle (16 ans), il assure que la jeune fille avait reçu de l’argent pour se donner à lui en vue de lui nuire et avait attendu exprès la fermeture du cabinet ; interrogé sur sa tricherie pour exercer après sa condamnation, il prétend avoir eu une autorisation de travailler pour un temps limité. La lecture de l’arrêt de sa condamnation de 97 révèle qu’il a injecté à Lora S. pour une endoscopie nécessitant une anesthésie de quelques minutes une quantité de produits (atropine, 15 mg de dormicom et 10 mg de Valium) avant de la violer.
Rapport de détention à Fresnes : Dieter Krombach a été pénalisé pour ses manières de séducteur qui mettent mal à l’aise la diététicienne. L’avocat général rappelle les plaintes à Coburg pour harcèlement sexuel envers patientes et personnel médical, et l’épisode de 2006 où Dieter Krombach a « consolé» la veuve d’un certain Dr Grosse qui s’était pendu, et a mené avec elle le cabinet du suicidé, de sorte que la mère de celui-ci a eu des doutes sur cette mort.

Témoignage mitigé de D. Gonnin
Elle met l’accent sur le charme de Dieter Krombach épousé en 77, puis sur ses infidélités dès avant la mort de Kalinka et après. Elle s’est séparée de lui 2 ans après la mort de Kalinka, pour cette raison : il était coureur. L’interdit avait de l’attrait pour lui et il avait besoin d’obtenir tout ce qu’il désirait (notamment elle-même parce qu’elle était mariée et mère de famille). Il avait le goût des sorties, des voyages, des folles dépenses, et du risque (pilotage d’avion), tout en étant anxieux.
D. Gonnin dit avoir découvert le dossier (dont le viol de 97) sur le conseil de la juge d’instruction, et vouloir maintenant la vérité.
Interrogé sur une éventuelle attirance pour les très jeunes filles, Dieter Krombach nie, et raconte avoir été sollicité par des patientes de leur faire un enfant (3 fois!)

Témoignage de K. Gebath : « Tout est étonnant dans cette histoire »
Cet officier de police criminelle a gardé le dossier de la mort de Kalinka au lieu de le détruire après 5 ans, parce qu’il pensait qu’on en aurait besoin un jour. Prévenu trop tard (36 h après le décès), et, bizarrement, par les Pompes funèbres, lorsque Kalinka morte avait déjà été transportée, bizarrement, à l’hôpital (non réfrigéré), il n’a pu faire son travail (inspecter le corps) et l’a reproché au médecin légiste. Il a demandé une autopsie et y a assisté. K souhaitait y assister, mais cela lui a été refusé, il est resté devant la salle. Gebath a constaté l’absence de traces de violences et la décomposition du corps.
Pourquoi n’avez-vous pas ouvert d’enquête ? « Cela aurait été néfaste à la famille ».
En 83 il interroge Dieter Krombach par téléphone et celui-ci rédige un témoignage écrit. Est-ce courant en Allemagne ? « Non ». Les parties génitales ? « Elles ont peut-être été remise par erreur dans le torse » (!)
Pour lui la mort reste inexpliquée, mais aucune raison de soupçon.
Me de Caunes s’étonne : un décès non élucidé et on prévoyait une incinération !

Témoignage du médecin légiste le Dr Jobst : oublis et abstention
Appelé comme urgentiste, il a signé le formulaire « mort inexpliquée ». Il a oublié tous les détails. N’a pas vu de traces de violences. La famille a parlé d’insolation.
Il a laissé Dieter Krombach se charger de prévenir la police. « C’était un médecin très connu et il s’agissait d’un événement personnel ». Ce sont les Pompes funèbres qui ont fait transporter le corps à l’hôpital (?). Les piqûres dites « de réanimation » par Dieter Krombach sont dénuées de sens sur un cadavre.

Témoignage du Prof. Schönhofer, pharmacologue : des certitudes mais aucune suite n’est donnée à ses dires Celui-ci a voulu attirer l’attention du Parquet de Kempten sur la contradiction entre les déclarations de Dieter Krombach et les données médicales. Les prélèvements prouvent que Kalinka est morte peu après la piqûre, donc la piqûre n’a pas été faite autour du repas puisque Kalinka vivait dans la soirée. L’autopsie montre qu’elle est morte asphyxiée par la régurgitation d’aliments non digérés, donc entre 3 et 4 h après le repas. Le Kobalt-Ferrlecit n’est efficace ni pour l’anémie ni pour le bronzage et est dangereux en injection. Mais la régurgitation dans les bronches ne se produit que quand on est dans un état comateux. Un cpr de Frisium 10 mg ne peut avoir cet effet (car Dieter Krombach en a donné un ce soir-là à Kalinka). Mais avec une forte concentration le Frisium provoque un effet d’anesthésie. Malgré tout, le parquet de Kempte classe l’affaire.
Dieter Krombach et Danielle Gonnin affirment que Kalinka était anémiée et que les piqûres étaient efficaces, mais aucune analyse de sang de Kalinka n’a pu être retrouvée. Que les piqûres étaient faites après les règles, mais certaines ont été faites avant que Kalinka soit réglée… La présidente souligne la confiance aveugle de D. Gonnin envers Dieter Krombach.

Douloureux témoignage de Nicolas Bamberski
Après une belle journée de vacances l’enfant de 11 ans se chamaille avec sa sœur et refuse qu’elle dorme dans sa chambre, elle dort alors seule au rez-de-chaussée dans une chambre simplement fermée par un rideau. Au matin il entend les sirènes se rapprocher de la maison…
Il a évité d’en parler, d’y penser, et maintenant il veut la vérité et demande directement à Dieter Krombach pourquoi il n’a pas, lui médecin, essayé de connaître la cause de la mort de sa soeur.
Kalinka était jolie, joyeuse, résistante, pas fatigable, pas anémiée, elle avait simplement un teint très blanc, comme le sien. Il a de bons souvenirs. Dieter Krombach était très gentil et ne faisait pas de différence entre ses enfants et ceux de sa femme : loisirs, voyages, cadeaux. Les enfants avaient de bons rapports entre eux.
Sur demande il décrit avec précision la configuration de la maison.
Maintenant il n’admet pas que Kalinka soit morte d’une mort naturelle. C’est au mieux un accident. Mais depuis le viol de 97 il a des doutes. Quel sentiment avez-vous envers Dieter Krombach ? « De la pitié, de la curiosité, et un peu de haine »…

Après ce témoignage le procès s’interrompt : probablement Dieter Krombach et surtout ses avocats ont senti qu’il ne tournait pas à leur avantage. Malaise cardiaque, comme à chaque fois qu’il a eu des ennuis avec la justice allemande puis française. Le Dr Bernard persiste à trouver la maladie coronarienne légère, mais 2 autres experts la prennent plus au sérieux, et demandent 2 semaines de repos absolu. Mais un procès d’assises, fondé sur l’oralité, ne peut s’interrompre si longtemps. Tout sera à recommencer, du 4 au 21 octobre 2011…

Malgré cette interruption ce procès n’est pas un échec : la personnalité de Krombach a pu être bien cernée ; ses mensonges ou affabulations, ses contradictions et faux-fuyants ont été bien visibles. De même pour les déficiences des premiers intervenants allemands après la mort de Kalinka, et pour la confiance sans aucun recul ni curiosité que Krombach avait su inspirer à Danielle Gonnin.
Tout ceci a été répercuté par une intense activité médiatique qui, espérons-le, bénéficiera à A. Bmaberski et à sa cause.


André Bamberski


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