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Justice pour Kalinka



Treizième journée d’audience
Requalifications en série

L’accusé campe sur ses positions
Alors que le procès s’achève, l’ex-femme de Dieter Krombach a déposé une ultime supplique pour lever des inconnues encore en suspens. En vain. Les plaidoiries commencent ce matin.

Arriver au bout d’un procès ne signifie pas qu’on atteint la vérité. La comparution de Dieter Krombach devant la cour d’assises de Paris depuis le 4 octobre dernier, ne déroge pas à la règle, et les jurés resteront en panne de lumière pour forger leur opinion. Faute de preuve définitive, leur « intime conviction » décidera du verdict qui pourrait, au mieux être connue ce soir sans doute fort tard dans la nuit, mais plus raisonnablement demain.

Le dialogue de la dernière chance
On a vu comment, jeudi, Dieter Krombach avait refusé l’instant de vérité que lui proposait Me. Alexandre Parra-Bruguière, l’avocat de Danielle Gonnin, qui fut sa troisième épouse(1).
On a rejoué hier le même scénario. Mais cette fois, c’est Danielle Gonnin en personne qui est à la barre. D’abord, la présidente lui demande les impressions qu’elle retire des débats. Pareille à elle-même, Danielle Gonnin, serrée dans un chemisier et un pantalon qui lui donnent un air hors d’âge, répond de sa voix chétive. Comme sortie d’un sommeil qui l’épuiserait, et probablement sidérée d’avoir partagé pendant dix ans la vie d’un inconnu, elle explique qu’elle a été « choquée ». « Choquée par les témoignages de ces jeunes filles (qui assurent avoir été victimes de viols Ndlr) et des experts ».
C’est une femme qui n’entretient aucune animosité à l’égard de ses anciens maris qui se font face ; que l’un poursuit sans relâche, que l’autre fuit avec la même obstination. Au début de l’audience, elle l’assurait de sa voix monocorde et douce à la fois : elle n’avait pas encore choisi son camp. Elle était là pour Kalinka, bien sûr, et au nom du doute… Elle ne dit pas qu’elle est peut-être aussi venue au nom de son passé. Pour savoir si aimer c’est parfois se tromper.
Hier, sans se départir de son calme, elle explique qu’elle a sans doute basculé : « ç’aurait été un accident, j’aurais pu le comprendre. Mais, là, je m’attends au pire ». Venant d’elle, cette phrase a valeur de sentence.
Fine mouche, la président sent l’instant propice : « Si vous aviez quelque chose à dire à Monsieur Krombach, que lui diriez-vous ? ».
Danielle Gonnin comprend. Elle lâche le pupitre des témoins qu’elle empoignait comme un bastingage. Elle se tourne vers le box : « Je veux te regarder dans les yeux pour te demander ce qui s’est passé cette nuit-là. Est-ce que tu peux me répondre ? ».
Krombach dit oui, bien sûr, avec le ton de l’homme sur qui elle peut toujours compter.

« Si tu es innocent, réponds »
Alors, dans le silence fragile de sa petite voix qui cherche un souffle, s’engage un dialogue.
Comme si Danielle Gonnin avait rejoint un monde dont elle semblait abstraite, quasi ectoplasmique, elle pose non plus ses questions de mère qui a peur ou d’ex-épouse ayant trouvé asile dans le déni, mais elle déballe les questions que tout le monde se pose. Et surtout une maman.
- « Les experts disent qu’elle est morte avant 1 heure du matin », entame-t-elle
- « Ce n’est pas vrai », répond Krombach
- « Mais pourquoi les experts trouvent ces produits dans son corps(2) »
- « C’est faux »
- « Pourquoi lui as-tu donné du Frisium ? »
- « Elle me l’a demandé »
- « Non. Elle n’en prenait jamais »
- « Je te l’assure », répond l’accusé
- « Non, c’est faux »
Krombach baisse la tête. Elle reprend :
- « Moi, j’essaie de comprendre. C’est ma fille qui est morte. Je ne suis pas là pour te faire plonger. Si tu es coupable, il faut que tu paies ; si tu es innocent, réponds à ces questions. Hier, mon avocat t’a tendu une perche : est-ce que c’est un accident ? ».

C’est fini. Krombach balbutie. Il cherche les mots qui lui permettront de répondre à côté ; mais face au mal de la femme, ses mots d’homme ne viennent pas.
Danielle Gonnin vient de comprendre que le bel étranger en panama et lunettes noires qui surgissait dans les embouteillages surchauffés pour lui offrir un éventail, n’est plus là. Et d’ailleurs, a-t-il existé un jour ? Ou n’a-t-il jamais été qu’un séducteur de filles à soumettre à sa part d’ombre, et de femmes élégantes à faire miroiter à la lumière sociale ?
Devinant le malaise de Danielle Gonnin en plein vertige, la présidente reprend la parole et poursuit l’interrogatoire. Surréaliste : les témoins mentent, les experts se trompent. Et si une jeune femme assure avoir batifolé dans le salon alors que Danielle Gonnin dormait à l’étage, « c’est parce qu’elle est un peu prétentieuse ». Krombach comme le calque parfait du portrait psychiatrique élaboré par l’expert Daniel Zagury qui disait : « il est capable de plaider la culpabilité du monde entier, sauf la sienne(3) ».

Les pleurs d’André Bamberski
En cet ultime étape du procès la Cour se devait aussi d’entendre André Bamberski.
Il se présente tout d’abord comme l’homme qui arrive au bout d’un combat qui, d’abord, a voulu combattre une rumeur : quand on a su que Kalinka avait une trace de piqûre dans le bras, les pires rumeurs ont circulé. On parlait d’overdose. C’est une des raisons pour lesquelles je suis allé aussi loin : pour montrer à la face du monde que ma fille n’était pas comme ça ».
Le combattant tombe alors les armes. Le vindicatif témoin qui, le matin encore titillait les avocats de Dieter Krombach, cède la place au père, à l’homme capable de larmes pour cette enfant en laquelle il avait bien sûr mis tous ses espoirs, et d’autant plus fondé à regarder l’avenir que Kalinka avait eu la grâce de s’en montrer digne.
André Bamberski lui aussi est en plein vertige. L’accusateur qui, hier, présentait un scénario indéboulonnable, a compris et vacillé lui aussi sous les évidences de l’audience. D’ailleurs, il n’a plus de scénario. En revanche, il a une idée précise d’un contexte : « Krombach est un prédateur sexuel qui aimait les adolescentes. Quand il a su qu’à la fin de l’été Kalinka rentrait en France, il n’a pas voulu la laisser s’échapper. Il l’a eue ».
Il n’y a plus de classeurs, de paperasses… C’est un papa qui parle, et qui pleure –enfin ! est-on tenté de dire- qui pleure des larmes d’homme sur une enfant morte trop jeune, sur une injustice. Ce n’est pas le petit Polonais balloté par la fureur du monde, qui s’adresse à la cour ; celui-là, il avait effacé l’ardoise dans le regard clair de Kalinka, justement. C’est le père qui veut rétablir la dignité de sa fille pour se montrer Vivant comme il l’aurait été sous son regard. Enfin nu, il naît devant cette Cour, objet de tant de tourments.
Loin des dossiers, il est sans haine. Il sait que la partition est maintenant jouée. Il a tenu la promesse faite à Kalinka.

A.J-K


Requalifications en cascade

Pour être certain d’offrir un large éventail de choix aux jurés, l’avocat général tout d’abord, les avocats d’André Bamberski et enfin, les avocats de Dieter Krombach ont proposé des « requalifications subsidiaires » de l’accusation.
En termes clairs, Dieter Krombach est concrêtement renvoyé devant la Cour pour « meurtre ». C’est-à-dire que le parquet a estimé qu’il a eu l’intention de tuer Kalinka. La peine maximale est de vingt ans.
Cependant, au vu des débats, et de l’incertitude qui demeure sur ce qui s’est réellement passé dans la nuit où Kalinka a perdu la vie, l’avocat général a proposé aux jurés que, au cas où ils ne retiendraient pas l’intention homicide, Dieter Krombach soit jugé pour « voies de fait ayant entrainé la mort sans intention de la donner », et de retenir également « les circonstances aggravantes que ces faits ont été commis sur mineur par une personne ayant autorité ». La peine maximale est de trente ans.
Me. Laurent de Caunes, l’avocat d’André Bamberski, demande que, si la Cour retient le meurtre, les circonstances aggravantes s’appliquent. La peine maximale est la perpétuité.
Curieusement, les avocats de Dieter Krombach ont demandé que la Cour pose la question de « l’homicide involontaire ». Ce qui signifie qu’après avoir nié en bloc toutes les accusations, même celle de l’accident, il sont maintenant prêts à admettre que Dieter Krombach a participé d’une façon, peut-être involontaire, à la mort de Kalinka. Mais participé quand même.


Premières plaidoiries ce matin
Les plaidoiries vont s’enchaîner toute la journée.
Dans l’ordre : les parties civiles tout d’abord. Il y a cinq avocats : un pour Diana Krombach, un autre pour son frère Boris, un autre pour Danielle Gonnin, et deux pour André Bamberski.
Ensuite, on entendra l’avocat général pour ses réquisitions. En substance, après avoir soutenu l’accusation qui pèse sur le docteur Krombach, il demandera une peine aux jurés.
Pour finir, on entendra les avocats de l’accusé qui s’appliqueront à le défendre.
En comptant, au minimum, une heure –et plus souvent une heure trente par avocat, la journée menace d’être chargée. Voire, il n’est pas exclu que les plaidoiries aient besoin d’empiéter sur le samedi matin.


Xavière Simeoni, présidente de la Cour d’Assises


(1) Voir la chronique de la douzième journée.
(2) Un sédatif et un produit de réanimation (voir la 12ème chronique).
(3) Voir la chronique de la dixième journée.


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