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Justice pour Kalinka



Septième journée d’audience
Les Allemands inventent l’autopsie « light »

Un légiste dilettante, mais pas responsable

Demi-journée de travail hier pour le procès de Dieter Krombach, jugé par la Cour d’assises de Créteil depuis le 27 novembre. Une matinée de « relâche » avait été consentie, afin de respecter la santé défaillante de l’accusé. On a accueilli hier à la barre le seul médecin légiste encore vivant, ayant directement assisté à l’autopsie. A défaut d’éclairer la mort de Kalinka, sa déposition aide à comprendre –au moins en partie- pourquoi cette affaire erre depuis trente ans.

Le docteur Dohman, en disciple soumis
Il a la barbe blanche du bon docteur Pasteur que nous voyions sur les livres d’histoire, la carrure d’un Viking, et le costume dont la coupe signale qu’il se moque pas mal des apparences : Richard Dohman est anatomo-pathologiste, et c’est tout ce qui l’intéresse.
C’est en Nimbus des microscopes qu’il se présente à la barre pour évoquer ce dont il se souvient de l’autopsie de Kalinka Bamberski, la victime. Nous sommes à l’institut de médecine légale de Memmingen, trois jours après la mort de l’adolescente, décédée dans la nuit du 9 au 10 juillet 1982. Richard Dohman est là, sous la tutelle du professeur, Hans Hohmann.
Plus loquace que lors de son apparition au cours du procès en première instance, Richard Dohman joue les rebelles à la barre. Il est vrai qu’il a les coudées franches : son « maître » est aujourd’hui décédé et ne viendra plus ni le contredire, ni l’impressionner. De fait, le médecin légiste endosse sans trop barguigner les habits du Chevalier Blanc de la médecine légale : « j’ai un souvenir très présent de cette autopsie parce qu’il s’est passé des choses qui ne me laissent pas en paix », indique-t-il en préambule.
Il explique en effet que « en principe, il doit y avoir deux légistes pour une autopsie et moi, je ne l’étais pas ». Lui, il était là dit-t-il, pour prélever des tissus et autres substances corporelles, afin de procéder ensuite à leur analyse. Il confirme qu’il y avait bien une plaie sur la partie externe du sexe de l’adolescente, sans qu’il puisse aujourd’hui dire si elle avait été faite post ou ante mortem. Enfin, il ajoute que l’utérus de la victime a bien été ôté et assure qu’il a remarqué « une substance blanchâtre à l’intérieur ». Il jure : « je voulais l’analyser. Mais le Docteur Hohmann m’a dit que ce n’était pas utile ».
Il sait que les parties génitales de la jeune fille avaient disparu : « dans mon souvenir, on les avait d’abord préservées, mais le docteur Hohmann a préconisé de les remettre dans le corps avant de le recoudre ». En dépit de tous les efforts entrepris, ces prélèvements essentiels n’ont jamais été retrouvés.

Une fatalité un peu lâche
A écouter le docteur Richard Dohman, la rigidité de son mentor ajoutée à un concours de circonstances un peu fâcheux, a conduit à la perte de ces indices aussi précieux que déterminants. Pourtant, même s’il s’applique à bien faire comprendre qu’il n’était qu’un vil sous-fifre placé sous la haute autorité d’un mandarin, le docteur Dohman peine à être pleinement crédible.
Certes, le discours est amorti par les regrets : « je n’étais pas d’accord (…) je n’aurais pas fait ça (…) je ne suis pas arrivé à convaincre mes collègues (…) vous comprenez, c’était Hohmann le patron, etc… », cependant on peine à croire à l’image qu’il cultive, façon étudiant soumis à l’autorité du grand professeur.
En effet, le docteur Dohman a annoncé sa retraite imminente, pour ses soixante-cinq ans. Il en avait donc trente-cinq en 1982. Plus loin, dans sa déposition, il a indiqué que l’autopsie de Kalinka était la 400ème de sa carrière. Si l’on peut comprendre qu’il se soit senti en position de subordonné, il ne peut certainement pas faire croire qu’il était alors le novice qu’il prétend.
A la question d’André Bamberski qui lui demande pourquoi il n’a pas rédigé de rapport annexe pour déplorer ce travail bâclé, le docteur Dohman n’a pas d’explication particulière. Plus subtilement, il rappelle que, interrogé quelques mois plus tard par la police, il a osé qualifier de « grotesques » les tentatives de réanimation opérée par le docteur Krombach sur Kalinka. Certes. Mais le courage dont il se prévaut aujourd’hui, est peu de chose au regard de celui qui lui a manqué le jour où il eut fallu sauver les prélèvements de « liquide blanc suspect » découverts dans l’intimité de Kalinka.

A.J-K


La voix des absents
En principe, on aurait dû entendre hier le docteur Ingmar Jobst, le médecin urgentiste qui a constaté le décès de Kalinka chez le docteur Krombach, et Anton Friess, le laborantin chargé d’autopsie qui a refermé le corps de la défunte et, susceptible d’avoir égaré les prélèvements qui font aujourd’hui défaut.
Ni l’un ni l’autre n’ont pu venir. Le premier invoque la scarlatine, le second, une épouse aux portes de la démence. On a donc lu leurs dépositions de l’époque. On y apprend quelques détails saugrenus.
Ainsi, en tant qu’urgentiste, il revenait au docteur Jobst le devoir d’appeler la police. Il ne l’a pas fait : « nous étions convenus avec le docteur Krombach que c’est lui qui signalerait ce décès aux autorités ». Le docteur Krombach a « oublié » ce détail. C’est une faute grave pour l’urgentiste, mais paradoxalement, un indice précieux pour la partie civile. Pour le reste, le docteur Jobst a des trous de mémoire. Il dit simplement qu’il ne se souvient pas avoir vu ni seringues ni ampoules dans la chambre de Kalinka, alors que l’accusé jure avoir tout tenté jusqu’au dernier instant pour sauver la vie de l’adolescente.
Enfin, on note que Anton Friess, l’assistant d’autopsie, a assisté à une curieuse scène avant que les médecins ne se mettent au travail : « Le docteur Krombach voulait entrer à toute force dans la salle d’autopsie. Il insistait, à tel point que le docteur Hohmann a menacé d’appeler la police s’il ne quittait pas les lieux ».


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