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Justice pour Kalinka



Huitième journée d’audience
Une expertise et un témoignage accablent l’accusé

Journée noire pour Dieter Krombach

Hier, à l’ouverture des débats du matin, un pharmacologue est venu expliquer le danger qu’il y avait à user sans discernement des piqûres de fer. Au passage, il a livré une évaluation accablante pour Dieter Krombach quant à l’heure plausible de la mort de Kalinka. Mais le calvaire de l’accusé n’était pas terminé. L’après-midi, une de ses victimes est venue expliquer comment, après avoir subi une piqûre, elle a été victime d’un viol.

Le choc du fer
Le docteur Peter Schoenhoefer est expert en pharmacologie. Il sait tout du comportement et de l’influence des médicaments sur le corps humain. Enfin, ceux qu’il a connus du temps où il exerçait. Il a aujourd’hui 77 ans. L’âge exact de Dieter Krombach. Cette contemporanéité entre les deux hommes laisse à penser qu’ils avaient l’un et l’autre la même pharmacopée à disposition. Le docteur pour soigner, l’expert pour comprendre.
Tout naturellement, il est immédiatement question du Kobalt Ferrlecit, une solution ferreuse injectable, susceptible de soigner les anémies. Le produit a aujourd’hui disparu, mais en 1982 il était utilisé en Allemagne, notamment à Lindau chez le docteur Krombach qui en avait fait son « médicament fétiche » pour reprendre le mot qu’avait utilisé son ex-épouse au cours du premier procès. Kalinka Bamberski sera retrouvée morte le samedi 10 juillet 1982, mais la veille, le 9 juillet, le docteur Krombach lui avait fait une injection de Kobalt Ferrlecit, juste après le dîner et avant d’aller promener le chien, soit entre 20 h 30 et 21 heures.
Le pharmacologue y va sans ambages : « L’apport de fer se fait normalement par comprimés pour les anémies les plus courantes, dans 97 % des cas. Il ne doit être utilisé en solution injectable que dans les déficit ferreux les plus extrêmes, et encore faut-il avoir à disposition du matériel de réanimation, car cet apport intraveineux est violent et risque de provoquer un choc cardiaque grave ». Il rappelle, lui aussi, qu’il n’a jamais vu la moindre analyse sanguine relative au cas de Kalinka qui, pourtant, faisait des « cures » de dix piqûres par an. « C’est énorme », s’étonne le Pr. Schoenhoefer.
Il s’étonne d’ailleurs d’autant plus fort qu’en 1986, quand on lui avait soumis le cas de Kalinka, il avait jugé que cette injection de Kobalt Ferrlecit était la cause « probable » du décès de l’adolescente. A tel point qu’il en avait nourri « un soupçon » et avait adressé un signalement en ce sens au procureur compétent. Il attend toujours la réponse.

Le pharmacologue en horloger du métabolisme
Très au fait de la chimie du corps humain, le Pr. Schoenhoefer cultive ses doutes au regard d’un autre paramètre. Sa déduction est, comme il se doit, scientifique. Pour lui, le « choc » induit par une piqûre de Kobalt Ferrlecit se produit « généralement presque tout de suite, et dans les cas exceptionnels au maximum dans les deux heures suivant l’injection ». Or, il constate que la digestion de Kalinka n’était pas encore achevée au moment de son décès.
Il explique : « la digestion d’un repas courant est terminée en deux heures environ, trois si le repas est plantureux. Dans ces conditions, l’estomac est vide. Or, celui de la jeune victime était encore à moitié plein ». Il en déduit donc que « le décès est intervenu au maximum deux heures après le repas ». Sachant que, ce soir-là la famille a terminé de dîner aux alentours de 20 h 30 (un peu plus, un peu moins…) le décès de Kalinka serait donc intervenu entre 22 h 30 et 23 heures. Mais certainement pas au cœur de la nuit, « entre 3 et 4 heures du matin », comme l’indique le postulat posé par la défense de l’accusé.
A cet égard, la conviction du Pr Schoenhoefer et de son équipe est si forte, qu’il insiste : « pour nous, il y avait contradiction entre les déclarations de Krombach et nos constatations. De notre point de vue, le procureur de Kempen aurait dû lancer une instruction, car il y avait là matière à établir un soupçon confirmé(1) ». Rien ne sera fait. Nous étions, rappelons-le, en 1986.

Après le fer, l’enfer
Au terme de cette matinée qui le laissait, sonné, dans les cordes de la science, le Docteur Krombach a affronté dans l’après-midi des souvenirs de voyages dont il se serait sans doute dispensé.
A la barre, Svenia Mauer. Elle a 43 ans aujourd’hui, mais elle arrive avec une peluche dans les bras ; « un objet transitionnel », disent les psychiatres parce qu’elle souffre d’un syndrome post-traumatique. En clair : elle accuse Krombach de l’avoir violée en 1985 et ne s’en est toujours pas remise.
Svenia Mauer a une sœur de deux ans sa cadette, Johanna. Elles avaient respectivement 16 et 14 ans quand le bon docteur Krombach leur propose « un voyage en Camargue pour faire du cheval », en laissant loin derrière le frère et la mère des deux adolescentes. Coïncidence ? Toujours est-il qu’ils échouent -malencontreusement sans doute- dans une chambre d’hôtel où il n’y a que deux lits. L’un à une place, l’autre à deux places. D’emblée, non sans élégance, le docteur Krombach fait savoir que, « vu que c’est moi qui paie, je dors dans le lit à deux places ». Naïves sans doute au point d’être tombées dans cette souricière, les deux gamines ne sont pas dupes. Elles savent que l’une d’entre elles doit partager la couche de leur hôte. C’est l’aînée, Svenia, qui se résoud au pire pour protéger sa petite sœur.
« Il nous a donné une piqûre de fer qui nous a fatiguée. Dans le lit, il s’est frottée contre moi, et m’a pénétrée ensuite avec ses doigts. Il a fait pareil la seconde nuit. J’étais tellement terrorisée que je n’ai pas bougée. Au retour, j’étais tellement choquée, que je n’ai rien dit à personne », explique aujourd’hui cette jeune femme. Et ce n’est pas tout, car l’épisode camarguais aura une suite. A Londres, quelques semaines plus tard.
Pas de chance là encore, il n’y a que deux lits –une place, deux places. Le scénario se reproduit mais cette fois-ci avec une variante : « il nous a fait une piqûre de Kobalt Ferrlecit et, tout à coup, je n’étais plus là. Mon corps m’a abandonnée. Je me suis réveillée dans un état de semi-conscience. Il était derrière moi, entièrement nu, et il me demandait de le toucher ». Encore une fois, sa terreur était si grande, dit-elle, qu’elle n’en parle à personne.
Elle fera, certes, une tentative en 1997. A la faveur du procès qui oppose Dieter Krombach a une jeune patiente de 16 ans qui l’accuse d’abus sexuels (procès au terme duquel le docteur sera condamné), Svenia écrit à la police et raconte ses voyages avec l’accusé. Elle ne recevra jamais la moindre réponse, ni par courrier, ni même par téléphone.
C’est le procès de Krombach à Paris, qui lui donnera la force. Entendue en France par une juge bienveillante, elle a pu être écoutée et, surtout, crue. Ce sera pour elle un vrai déclic. Après avoir enfoui son cauchemar pendant un quart de siècle, elle a pu se prendre en mains. Non sans difficultés, bien sûr. Aujourd’hui, après une vie meurtrie par des problèmes conjugaux, d’ordre intime, elle suit une psychothérapie. Les médecins ont diagnostiqué « un syndrome post-traumatique ». Et elle en parle enfin.

A.J-K


Les gouttes du boxeur
Svenia s’est souvenu de conversations qui viendront plus tard, avec sa sœur. Elles se rappelleront les confidences d’Isabelle de Placido, une adolescente de leur âge qui, elle, avait des relations consenties avec Krombach. Johanna, la plus jeune, qui avait un lien plus étroit avec Isabelle de Placido, lui a même un jour raconté qu’ « Isabelle faisait l’amour en bas avec le docteur quand sa femme dormait en haut », et pour cela, elle parle des « gouttes K.O. ».
« Les gouttes K.O. ? », s’exclame avec étonnement Me. Parra-Bruguière, l’avocat de Danielle Gonnin. « C’était du Rohypnol », tranche Svenia.
C’est la première fois que le nom de ce médicament apparait dans ce dossier. L’annonce n’a donc pas fait l’effet d’un coup de tonnerre. Cependant, le Rohypnol est une benzodiazépine, autrement appelée « drogue du violeur », qui produit des étourdissements, un état de faiblesse mentale et psychologique et, surtout une perte de la mémoire immédiate. Notons aussi que le Rohypnol existe sous forme liquide.

Une réanimation contestée
Le Professeur Schoenhoefer s’est étonné des techniques de réanimation que dit avoir employées Dieter Krombach quand il a découvert, au matin du 10 juillet, le corps inerte de Kalinka. En effet, l’accusé revendique l’emploi d’isoptine. Une molécule dont la particularité est de ralentir le rythme cardiaque. Partant du postulat que Kalinka a fait une sur-réaction au Kobalt Ferrlecit, le Pr Schoenhoefer s’étonne poliment : « c’est contre-productif ». Pressé de question, il explique tout d’abord que, le mieux est d’envisager un massage cardiaque. Enfin, sachant que Kalinka est morte étouffée par son vomi, il a cette conclusion : « on ne peut exclure que l’isoptine ait renforcé l’effet de l’insuffisance cardiaque née de l’étouffement de la victime ».

(1) En droit allemand, sur l’échelle des présomptions, le « soupçon confirmé » est de l’ordre de la preuve en droit français.


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