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Justice pour Kalinka



Dixième journée d’audience
Le procès en parties fines

Une journée au scalpel

Hier matin, André Bamberski a ciselé à sa façon sa vision du dossier. L’après-midi, l’expert-psychiatre a passé au rabot la personnalité de l’accusé, Dieter Krombach. Au final, le procès est apparu comme une superposition de fines tranches de micro-éléments. C’est de leur accumulation que naît la problématique de ce dossier.

André Bamberski accuse
A l’ouverture de l’audience est enfin arrivé le moment attendu, par André Bamberski tout au moins, et par les jurés aussi probablement, qui voulaient sans doute savoir qui était le père de Kalinka. Ils ne connaissaient de lui que le défenseur de sa propre cause, puisqu’il a demandé à ses avocats de quitter les débats au lendemain de l’ouverture du procès.
C’est en père bouleversé qu’il a tout d’abord rappelé que Kalinka était le doux surnom de Valérie-Catherine Bamberski, née le 7 août 1967. Kalinka, c’est aussi l’autre nom de la fleur d’aubier, et ce sera là la seule poésie qui entrera dans le prétoire. Pour le reste, André Bamberski a tenté de résumer trente ans de combat. Un mélange d’impuissance et de colère enfin couronnées par la condamnation, en 1995, de celui qu’il accuse d’avoir tué sa fille. Il rappelle le serment fait à Kalinka : « Jamais je n’abandonnerai tant que justice ne te sera pas rendue ». Ce voeu, dit-il, « je le renouvelle encore régulièrement ».
Car le père de Kalinka le sait : rien n’est encore définitivement joué.L’épilogue de ce bras de fer n’est pas à son terme. C’est en homme qui ne doit pas faillir, il le sait, qu’il assène ses convictions. Car s'il peut produire un témoignage factuel sur sa fille, en expliquant combien elle était belle, sérieuse et pleine de vie, s’il peut raconter par le menu les errements de la justice, de la police et plus largement de l’administration allemandes, il doit en revanche construire les passerelles pour relier entre eux des éléments parfois disparates.
De fait, par nécessité, il s’engouffre dans les interstices du dossier. Dans ces points de jonction absents, si nombreux, qui ajoutés les uns aux autres finissent par signaler une béance. André Bamberski a tenu à montrer la dimension lacunaire d’une construction qui a cependant suffi aux autorités allemandes pour dédouaner… celui que la justice française accuse aujourd’hui. « Vérité en-deçà du Rhin, erreur au-delà ».
Le débat est littéralement pascalien tant André Bamberski dénonce le jésuitisme des différents intervenants qui, chacun son tour, semble avoir repoussé en direction d’un hypothétique successeur des investigations qui semblaient nécessaires. Au bout de cette chaîne d’impérities : le procureur de Kempten, qu’André Bamberski accuse nommément. « Il disposait de l’ensemble des notes de synthèse et des relevés. Il n’a rien fait alors qu’il y avait, à minima, de quoi poser des questions. Il ne l’a pas fait. Je l’accuse de n’avoir pas voulu voir ».

Une défense vindicative
André Bamberski signale qu’il a eu des doutes « dès octobre 1982 ». « Je ne suis ni policier, ni médecin légiste, mais j’ai bien vu que quelque chose ne cadrait pas entre les déclarations officielles et ce qui m’était dit par ailleurs », explique-t-il pour justifier les démarches qu’il entreprend sans tarder.
C’est de là que naît la partie impalpable du dossier. Il a tout d’abord le sentiment que la justice allemande cherche à « gagner du temps », en espérant sans doute qu’il se lassera. Ses recherches l’amènent à penser que le docteur Krombach n’a pas tout dit. Que certains disent et ne font pas, que le médecin urgentiste a triché, les policiers renâclé. Que le non-suspect a menti.
La partie, il en est sûr, se joue en douce. Comme un Mistigri dont tous les protagonistes sont déjà d’accord pour lui laisser la mauvaise carte en espérant le voir quitter la table. Seul, tout seul, le père de la victime se doit de relier des éléments qui, précisément ont été dissociés. C’est pourquoi sa construction se doit, parfois, d’intégrer des hypothèses. Pour cimenter ce que la justice allemande s’est appliquée à lui livrer en vrac.
Parce que la logique de l’exposé est parfois implacable et n’échappe à personne, les avocats de Dieter Krombach s’interposent. Ils dénoncent « un témoin qui est aussi son propre avocat ne fait pas une déposition, mais une plaidoirie », contestent-ils en substance. En cela, ils font mine d’oublier qu’André Bamberski avait fait exactement la même présentation lors du premier procès, où aucun compte ne lui avait été demandé.
Fort opportunément, ils portent le fer dans les arguments, dans les points de transition qui constituent cette zone de flou où réside la substance maléfique de ce dossier. A la barre, André Bamberski se tient vent debout. Il voit venir les pièges, déjoue les ruses et, au besoin, s’oppose. Parfois, la joute est tendue, frise la rupture mais au bout du compte, les avocats de Dieter Krombach ne lui opposent aucune preuve en retour, comme s’ils s’apprêtaient à tirer argument des parties manquantes du dossier pour exonérer leur client. Pourquoi pas. Mais, c’est une loi élémentaire de la physique : il est périlleux de compter sur le vide pour chercher une prise.

Le psychiatre et l’orgueil de Krombach
A l’issue de ce bras de fer qui avait fait du prétoire un huis clos, est arrivée une bouffée d’air frais, venue de là où on ne l’attendait pas forcément : l’expert psychiatre est appelé à la barre.
Daniel Zagury, n’est pas le premier venu. Dans sa carrière, il a croisé Michel Fourniret, Patrice Alègre et autres tristes vedettes du fait divers qui ont établi sa réputation de « spécialiste des tueurs en série ». Autant dire que Dieter Krombach n’a guère dû l’impressionner. D’ailleurs, il n’en dit pas grand-chose, sinon que « M. Krombach est exempt de pathologie mentale ».
Pour le reste, Daniel Zagury égrène : « incapable d’empathie, sans transmission d’affects », « il refuse le doute et il balaie d’un revers de main l’idée qu’il ait pu commettre une erreur médicale » voire « il a tendance à attribuer aux autres les conséquences de ses erreurs », « histrionique(1) » ; enfin, au détour d’une phrase le psychiatre souligne également qu’il a décelé chez l’accusé « une polarité narcissique ». Il précise qu’en l’occurrence, selon lui, Krombach est « centré sur lui-même », et affiche « une personnalité construite sur l’absence d’autocritique »,
Quel écho a eu pour le docteur Krombach ce mot perdu dans le flot du discours ? Toujours est-il que, piqué au vif, il se lève : « narcissique, je ne suis pas narcissique », proteste-t-il, visiblement atteint dans son orgueil. La salle s’amuse.
-« Ne vous fâchez pas, M. Krombach, c’est juste un terme médical. Ce n’est ni un défaut ni une incrimination. Tout le monde a sa part de narcissisme, les acteurs, par exemple. Et même les avocats ! », conclut le psychiatre dans une salle qui maintenant rit franchement.
-« Moi, j’ai un QI de 140. Hein, c’est beaucoup, n’est-ce pas ? », fait valoir l’accusé
-« Oui, oui, rassurez-vous ».
-« Rendez-vous compte, j’ai eu deux assistantes qui m’ont sup-pli-é de leur faire un enfant ! ».
Narcissique, lui ?

A.J-K


Aujourd’hui, journée dense en perspective
On devrait entendre aujourd’hui à la barre les experts français qui ont pu se pencher sur les relevés toxicologiques –ou pour le moins, ce qu’il en reste- effectués sur Kalinka.
C’est la pierre angulaire de l’accusation. Les débats promettent d’être âpres. D’une part parce qu’en Allemagne ces recherches ont été « approximatives » selon l’accusation et d’autre part parce qu’aucun expert allemand n’a daigné faire le voyage.
Enfin, on saura aujourd’hui ce que le président Hervé Stéphan entend faire des témoignages des victimes supposées de Krombach, qui n’ont pu faire le déplacement, et de la même façon on connaitra son avis quant à la nécessité de lire ou pas le jugement qui, en 1997, a prononcé la condamnation de Dieter Krombach suite à un délit sexuel commis sur une adolescente.

(1) Histrionique : plein d’emphase exagérée, thêatral. Personne qui a besoin d’attirer le regard.


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