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Justice pour Kalinka



Seizième journée d’audience
Toutes les parties civiles ont été entendues

Premières plaidoiries et ultimes assauts

Hier, l’avocat de Danielle Gonnin, ceux de Diana et Boris Krombach puis, pour finir, André Bamberski ont été entendus. Des plaidoiries correctes, respectueuses, loin des prises de bec à la limite de la férocité, qui ont pu donner un air enragé à certaines audiences passées.
Ce matin, l’avocat général requerra et donnera la position de la société qu’il représente, sur les agissements présumés de Dieter Krombach. Ensuite, les avocats de l’accusé s’emploieront à le dédouaner et ont annoncé qu’ils plaideront l’acquittement. Saufs longueurs excessives, le verdict pourrait tomber dans la soirée –mais ce n’est qu’un pronostic.

Danielle Gonnin « ne peut s’empêcher de penser aux viols »
Le patient avocat toulousain, Me. Alexandre Parra-Bruguière a engagé le tour des plaidoiries. Il porte la voix de Danielle Gonnin, la mère de Kalinka. Il défend la position qu’elle soutient depuis 2010, date à laquelle elle dit « avoir ouvert les yeux ». « Avant, ce n’était pas possible ; elle ne pouvait admettre que sa fille n’était pas que morte, mais qu’elle avait été détruite », alors l’avocat explique qu’elle s’est rendue au précédent procès « pour avoir des réponses aux questions qui laissent planer de sérieux doutes sur les circonstances du décès de sa fille ».
Me. Parra-Bruguière avait d’ailleurs posé ces questions à l’accusé avant d’engager sa plaidoirie : « M. Krombach, est-il possible que vous ayez fait une piqûre de produit ferreux à Kalinka vers 20 h 30, que vous lui ayez donné ensuite un comprimé de Frisium plus tard dans la nuit ; que vous vous soyez rendu compte qu’elle faisait un malaise ? Alors vous paniquez, vous essayez de la réanimer… Est-il possible que vous n’y soyez pas parvenu ? ». Krombach ne répond pas, ou à côté. Il bredouille et s’épanche sur le Frisium.
Danielle Gonnin « veut la vérité ». En creux, cette exigence signale qu’elle n’a pas le sentiment de l’avoir encore. Hier, elle a compris que son ex-mari le docteur ne répondrait pas ; sans doute même jamais. Alors Me. Parra-Bruguière tranche : « Nous venons ici soutenir la responsabilité de Krombach dans la mort de Kalinka ». L’avocat reprend minutieusement les points sur lesquels la défense de Krombach, il se sait, va appuyer. L’heure de la mort, par exemple : « entre 22 h 30 et minuit et demi, au maximum ; non pas à trois ou quatre heures du matin (…) si Kalinka a pu être victime d’un syndrome de Mendelson(1) , c’est parce qu’elle n’était pas simplement endormie, mais plutôt dans le coma ».
Enfin, il explique pourquoi on ne trouve pas trace de toutes les piqûres supposées : « l’autopsie a été bâclée, puisqu’on retrouve bien trace des produits injectés ». Et si on ne dispose que d’un seul point d’injection « c’est parce qu’on n’en a donné qu’un seul aux experts ». Quant au Frisium, le puissant somnifère, « Krombach propose autant de versions que de fois où on lui pose la question » consistant à savoir quand, comment et en quelle quantité il l’a administré à Kalinka.
Enfin, sur la question toujours en suspens de savoir si Kalinka a également été victime de sévices sexuels, la position de Me. Parra-Bruguière est plus réservé : « Mr. Krombach a soumis chimiquement plusieurs adolescentes. Cependant, nous ne nous interdisons pas de penser qu’il a pu en être de même ici ; nous avons une blessure sur le sexe de Kalinka et nous pouvons nous permettre d’imaginer que Kalinka est morte pour quelque chose en plus que ce pourquoi Krombach est accusé. Mais nous n’avons aucune preuve ». Et de conclure, sybillin, « quand l’accusé ne répond pas aux questions, ce sont les jurés qui le font à sa place ».

Diana et Boris « sans malice ni manipulation »
Pour Diana Krombach, on devine que la posture est radicalement différente. Pour défendre sa position, elle a d’abord la voix de Me. Karine Puret : « c’est sa famille qui a volé en éclats, mais elle ne peut choisir avec son cœur. Il lui faut une vérité, fut-elle dure ». Et de s’employer à expliquer que, hélas, de vérité il n’y en a point dans ce dossier.
Me. Puret s’est surtout posée en démineur de la suspicion qui pèse sur cet assemblage de dernière minute (Diana et Boris Krombach se sont constitués partie civile en cours d’audience au premier procès) : leur qualité de fils et fille de l’accusé les a amenés à voler au secours de la défense de Dieter Krombach. Notamment face aux experts où ces parties civiles ont davantage joué le rôle de pare-feux que plutôt que d’implacables quêteurs de vérité.
Empêtrée dans cette posture qui cache mal –même à son propre regard- son ambigüité, la jeune avocate prend la défense… de sa propre situation. C’est donc « sans malice et sans manipulation » que Diana et Boris parlent par son intermédiaire, « parce qu’il y a mille façons de souffrir, mais une seule justice, et elle n’est pas exclusive à M. Bamberski ». Curieusement, elle explique aux jurés que s’ils ont des états d’âme, il existe « une association qui vient en aide aux jurés » qui pourraient être aux prises avec des angoisses rétrospectives ! « Mais, hélas, il n’y en a pas à Créteil ». Ah bon.
Plus subtile, plus franche aussi, Me. Louise Tort entre dans le dossier comme l’eût pu faire… Krombach. Elle ponctue certes sa plaidoirie de « OK », et de « juste pas ». C’est donc en d’jeun qu’elle s’adresse aux jurés pour tenter de conjurer l’effet dévastateur, bien senti, des experts : « attention, c’est pas le dernier qui parle qui a raison ». Elle parle d’un « dossier putréfié » par trente années d’errance et conclut que « il n’est pas interdit de douter ».
C’est cet angle que choisit Me. Adrien Mamère pour faire suite à ses consoeurs : « il y a deux façons de lire ce dossier : avec les yeux de la présomption d’innocence, avec ceux de la présomption de culpabilité ». Et d’enfoncer le clou, lui aussi vent debout contre les expertises qui constituent le grand écueil pour Krombach : « On a des certitudes à géométrie variable qui s’affrontent : la vérité on ne l’aura jamais ». Oubliant en cela que les jurés ont moins besoin de vérité que d’une intime conviction.

André Bamberski « objectif et logique »
Depuis le début de ce procès, André Bamberski a choisi d’agir seul. C’est donc lui qui est appelé à plaider pour défendre sa position de partie civile. Dès sa prise de parole, il promet d’être « objectif et logique », parce que, soutient-il « ce dossier a été embrouillé à escient ».
Il se lance donc dans une entreprise de débroussaillage. Méthodique. Point par point, il rabote tous les détails qui pourraient encore faire litige et au-travers desquels, il le sait, ne manqueront pas de s’engouffrer les avocats de Krombach.
Sans phrase superflue, mais donnant pour chaque conséquence une explication causale, pour chaque zone d’ombre un éclairage, il s’applique à barrer la route à la riposte. D’abord, il s’attache à la personnalité de Krombach et s’applique à démontrer comment son orgueil peut l’avoir porté à la dissimulation. Pour cela, André Bamberski ne s’appuie pas sur ses sentiments, mais sur les très prosaïques expertise psychiatriques : « Krombach est un narcissique, qui se place toujours en situation de victime, qui attribue aux autres les difficultés qu’il rencontre », dit-il en lisant les rapports des experts psychiatres.
Là où ses adversaires attendaient sans doute du pathos, André Bamberski s’appuie exclusivement sur le dossier qu’il démonte à petit feu. « Les causes de la mort ? En 1983 : Krombach parle d’une insolation et revient sur l’accident de la route dont a été victime Kalinka. En 2010, il admet qu’elle a pu être étouffée par ses vomissements ».
Implacable, tel un rouleau compresseur, il poursuit sur le même ton : « La réanimation au matin du 10 juillet 1982 ? Impossible sur un cadavre rigide. Il parle d’abord de produits divers, et se souvient du Frisium un an plus tard, quand il sait que des experts vont le découvrir ». Il lamine aussi les conditions dans lesquelles le Frisium aurait été délivré : « on a eu droit à quatre versions : c’est parce qu’il ne veut pas donner la bonne ».
Ensuite, André Bamberski s’attache au « pervers sexuel Krombach » : il rappelle sa condamnation, rappelle les témoignages de celles qui ont osé venir, osé porté plainte, osé faire un signalement. Dix-sept cas en tout et conclut sur cette phrase sans pitié : « n’oubliez pas que, seulement 9 % des femmes ayant subi des sévices sexuels osent se manifester ».
Le caractère rationnel de son intervention désarçonne sans doute ses détracteurs qui, attendaient de lui qu’il se perde dans des emportements. Pas de chance. André Bamberski est campé dans son inventaire accablant, sans effet de style, sans même chercher à persuader. Il démontre. Une froide détermination basée sur une connaissance parfaite du dossier qui suffit à son argumentation. Dont la puissance vient précisément que cette longue liste de contradictions, de faux-fuyants, de dérobades, d’errements, est assénée sur un ton égal.
C’est dans son interprétation des faits qu’André Bamberski donne sa vision personnelle : pour lui, Kalinka a été victime d’un meurtre froidement calculé : « il voulait la violer parce qu’elle allait quitter l’Allemagne. Il l’a violée et pour ne pas qu’elle parle, il l’a fait taire à jamais. Ses tentatives supposées de réanimation ne sont en fait que la marque d’un assassinat : il ne voulait pas qu’elle se réveille ». Il rappelle que, dans son ordonnance de renvoi, en 1993, la justice française avait admis l’intentionnalité criminelle de Krombach. Il demande à la cour de « reprendre cette accusation fondamentale » ou, à défaut, « de considérer qu’il y a eu empoisonnement ».
André Bamberski, remercie la cour et les jurés de leur attention. Il ajoute qu’il a « voulu donner un peu d’humanité à ce procès où peu de place a été accordée à la victime ». Et d’appeler les jurés à « faire œuvre de justice en condamnant ce pervers pour le meurtre aggravé de ma splendide fille ». En disant cela, c’est la seule fois que sa voix tremble, étreinte d’émotion. Les jurés ont compris. Point besoin d’en rajouter.

A.J-K



Aujourd’hui ?
Ce matin, dès l’ouverture de l’audience, l’avocat général Jean-Paul Content donnera ses réquisitions. Selon une estimation qu’il a lui-même concédée, son intervention durera « environ deux heures ».
Après une fort probable pause, suivront ensuite les plaidoiries de Mes. Yves Levano et Philippe Ohayon, pour la défense de Dieter Krombach. Les avocats savent que de longues plaidoiries sont préjudiciables à leur efficacité tant il est possible que les jurés « décrochent ».
S’ils parviennent à tenir une « distance raisonnable » dans la durée de leurs propos, l’audience pourrait être levée en milieu d’après-midi et les jurés partir alors en délibération, pour un verdict attendu dans la nuit.
Possible, mais rien de certain encore.

(1) Le muscle fermant l’estomac et celui fermant le pharynx n'ont plus de tonus, il ne retiennent plus le liquide gastrique ; celui-ci s'écoule jusque dans la gorge, et arrivé à la glotte, il pénètre dans les bronches. Ceci se fait de manière entièrement passive, sans bruit ni mouvement de la victime, et bien avant que l'on puisse voir le moindre liquide dans le fond de la gorge en observant par la bouche. C'est la raison pour laquelle dans le cas d'une anesthésie programmée, on demande au patient de venir à jeun ; c'est aussi la raison pour laquelle on dit de ne rien donner à boire ni à manger à un blessé. Source : wikipédia.


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