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Justice pour Kalinka



Dix-huitième et dernier jour d’audience
La justice reconnait des violences mortelles « dans un contexte sexuel »

Dieter Krombach condamné à 15 ans de réclusion

Hier, la Cour d’assises du Val de Marne, réunie à Créteil depuis le 26 novembre dernier, a délibéré quatre heures avant de condamner Dieter Krombach à la peine de 15 ans de réclusion criminelle. Dans la motivation de leur décision, les jurés ont retenu le viol, les violences ayant entraîné la mort et les circonstances aggravantes. André Bamberski, qui s’est défendu seul, s’est dit « ému » et a étreint Robert Pince, le président de l’association « Justice pour Kalinka ».
Sur le banc d’en face, les avocats de Krombach ont parlé d’un « arrêt de mort » et ont d’ores et déjà fait connaitre leur intention de se pourvoir en cassation.

L’issue d’un procès éprouvant
Il était 14 h 39 très précisément quand le verdict est tombé par la voix du président Hervé Stéphan qui a tenu les audiences d’une main de fer. Dans une salle éprouvée de tension et rendue impatiente par dix-huit journées d’audience, Dieter Krombach a encaissé le choc sans sembler ciller ; sa fille s’est aussitôt rendue à son côté pour le réconforter. Abasourdi, Me. Ohayon a déclamé : « J’ai honte, il rejoint le couloir de la mort », faisant en cela allusion aux 77 ans que son client revendique porter comme un fardeau de douleurs. Me. Yves Levano, son confrère et co-défenseur du condamné faisait savoir dans le même temps que la défense allait se pourvoir en cassation, confirmant sa certitude selon laquelle « le sort judiciaire fait à M. Krombach est inique ».
De son côté, visiblement ému et fatigué par cette âpre lutte, André Bamberski qui s’était employé à faire valoir le caractère volontaire, et donc meurtrier, des gestes imputés au médecin allemand a reconnu que « prouver l’intentionnalité de la démarche de Krombach s’est révélé très complexe ». Pour lui, « le caractère volontaire de la mort donnée à Kalinka, ainsi que le viol qui en est la cause, n’ont pas été retenus par la justice française qui souhaite ménager l’Allemagne ». Toutefois, il a concédé que « ces débats se sont bien terminés », et s’est dit « satisfait » de leur issue tout en regrettant : « jamais ce procès n’aurait dû avoir lieu ».
Sur son banc, sans guère bouger ni parler à personne, Danielle Gonnin prend la nouvelle sans exprimer de sentiment, et part téléphoner à son avocat.

Les jurés « relèvent » et motivent
Depuis le 1er janvier 2012, la réforme du code de procédure pénale oblige les jurys à motiver leurs décisions. Celle qui frappe Dieter Krombach fait état de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Cependant, les jurés ont considéré qu’ « il doit être relevé que Kalinka avait moins de 15 ans et que Dieter Krombach exerçait sur elle, en qualité de beau-père, une autorité (…) des faits qui constituent des circonstances aggravantes » dont il a été tenu compte.
Par ailleurs, les jurés ont « relevé les contradictions, et les fausses déclarations » qui ont émaillé ses explications et disent avoir également « relevé que l’accusé a été condamné à des violences sexuelles », et fait en substance par ailleurs l’objet de présomptions d’abus sexuels.

Un immense gâchis
Si l’on en croit l’annonce faite d’un prochain pourvoi, le procès aujourd’hui achevé ne signerait donc pas l’épilogue de « l’affaire Kalinka Bamberski ». Cependant, quelle que soit la suite éventuelle qu’il connaitra encore, ce mystère judiciaire apparait d’ores et déjà comme un immense gâchis.
Bien sûr, le premier d’entre eux, ce sont les quinze ans de Kalinka, saccagés dans les ténèbres d’une nuit qui restera longtemps encore inaccessible à la vérité vraie. Il faudrait pour cela que Krombach parle, ce qu’il ne fera jamais.
Gâchis aussi de la vie d’un homme et d’une femme.
Car même si Danielle Gonnin a eu des positions fluctuantes à faire valoir, nul ne dira qu’elle n’est pas aujourd’hui une femme brisée même si elle a choisi de vivre sur d’autres terrains que celui du conflit direct avec son ex-mari, Dieter Krombach qu’elle aura mis vingt-huit ans à soupçonner. Elle était âgée de 37 ans quand le drame est entré dans sa vie, elle en avait 65 quand la vrille est ressortie quand en 2010 elle a enfin accepté de lire le dossier. Tout ceci fait beaucoup de temps dans une vie.
C’est André Bamberski qui a porté, seul, le fardeau : gâchis pour lui aussi. Un homme dont la volonté implacable aurait pu servir à d’autres causes s’il avait pu trouver plus tôt, sinon la paix, mais un apaisement… qu’il n’a sans doute pas encore. Trente ans d’une vie partie à bras le corps, nu sous les ruines des villes en guerre et bâtie avec l’obstination qu’il faut pour devenir un expert-comptable et commissaire aux comptes reconnu dans une ville où, encore une fois il a dû tout recommencer après son retour du Maroc, nu.
Qui sait ce qu’aurait pu faire et devenir André Bamberski si on ne lui avait pas volé sa fille ? Lui-même sans doute ne le sait pas. Il ne peut pas le présumer parce qu’au bout du compte, sa vie ce fut celle-là. Père-courage sous les quolibets judiciaires de ceux qui n’ont pas su discerner la profondeur de sa détermination, préférant y voir avec un brin de condescendance une obstination pathétique. On peut sans conteste possible augurer que si le destin lui avait donné une vie de père accompli, il aurait mis cette force au service d’autres causes, d’un autre destin, sans doute aussi remarquable que l’extraordinaire prouesse de tenir la parole que portait le serment fait à Kalinka, dont il ne possédait plus que quelques lettres d’or gravées sur une plaque de granit et un vide immense dans le cœur.
Aujourd’hui, les yeux dans les yeux du visage qu’il voit depuis trente ans, il peut serrer plus fort sa main qu’il n’a jamais lâchée. Il ne lui dira rien.
Elle sait.

A.J-K



Des hommes impalpables
Ce saccage n’a évidemment rien d’immanent. On le doit à des hommes.
Le premier d’entre eux, bien sûr, Dieter Krombach qui inspire, au final, assez peu de compassion tant son orgueil Teuton autant que le sien propre, ont contribué à semer dans des vies –jusque dans celles de ses propres enfants- des poisons si vils qui n’entrent pas dans les seringues.
Mais le cardiologue de Lindau ne serait jamais devenu le Krombach que la cour d’assises de Paris, tout d’abord, celle de Créteil ensuite ont eu à juger, sans l’aide d’un système fait par des hommes encore, mais plus diffus ceux-là, impalpables, parce qu’il ne s’agit pas ici de mains tendues porteuses d’altruisme, mais de sourde complaisance.
Au départ, la faute à l’esprit de clocher d’une ville de 25.000 habitants où peu ou prou tout le monde se connait, sans nécessairement se fréquenter, mais tout au moins « de réputation ». Une ville où, comme l’a asséné l’avocat général, « la seule notoriété de Krombach était en soi un facteur d’influence ». Le docteur urgentiste Jobst couvrant plus par obséquiosité de classe que par une volonté délibérée de conspirer, le « grand » docteur Krombach. Et tout à l’avenant, les légistes feront de même avec leurs « chers confrères » de Lindau qui ont laissé ce corps se dégrader, mais tant pis, on va se débrouiller pour éviter la cascade d’ennuis qui s’ensuivrait. Des constatations qui passent à l’as, des prélèvements que l’on perd : c’est déjà assez compliqué comme ça, on va pas en rajouter.
Et Bamberski arrive. Il est Français. On ne va pas ennuyer nos plus brillants légistes pour un excité qui va se calmer dans quelques semaines. La Bavière n’ira pas chercher des poux à ses Eminences du corps médical, peut-être parce que l’erreur est humaine, mais plus vraisemblablement parce que si la médecine légale est bousculée à son sommet c’est toute la crédibilité du système qui menace de se fendiller.
Alors, le procureur de la grande ville, donc le Grand Procureur ferme le dossier. N’a-t-il rien vu, ou consent-t-il à admettre qu’il n’y a plus rien à voir ? Nul ne le sait. Mais dans un cas comme dans l’autre, le verrou vient de se refermer : il ne peut plus se démentir. Dans le premier cas, il avouerait une incompétence, dans le second une indulgence coupable.
Mais : Bamberski encore ! Il fouine, trouve quelques bricoles. Et que se passe-t-il dans ces cas-là ? Incompétents ou complaisants, peu importe ; tout vient de basculer : ils font bloc.

Fâcheux strabisme
Ils n’ont jamais signé de pacte. Le pacte est né de leurs insuffisances cumulées ou de leurs aveuglements consentis ; mais peu importe : ils sont liés. Pour que la faute quelle qu’elle soit n’existe pas, n’ait jamais existé, il leur faut désormais garder le même cap. Et soudain, ils ne sont plus le docteur Jobst, Hohmann ou Dohman, Monsieur Machin, Procureur : par le fait des premières victoires d’André Bamberski, ils sont devenus la Médecine Légale Allemande, la Justice Allemande. C’est-à-dire des concepts, des administrations. De l’abstrait.
Si une petite Française eut été retrouvée dans les mêmes conditions, par un de ces Turcs dont raffolent les Allemands pour ramasser leurs poubelles ou tondre leurs pelouses, le dossier eut-il connu pareil destin ?
Mais continuons avec nos hommes. Maintenant dissous dans le conceptuel, c’est la Bavière qui parle à la France. On fera même sonner le tocsin de la grande Allemagne et de ses suaves diplomates. La suite on la connait. Dieter Krombach s’est flanqué du « plus grand avocat de Bavière » pour refuser d’honorer, en 1985 à peine, une convocation : « parce que c’est inconcevable pour un Allemand d’être placé en garde à vue », a plaidé Me. Levano, ajoutant même : « ça n’existe pas ». Certes, mais ce n’est pas l’Allemagne qui est convoquée, c’est un suspect. Si « le plus grand avocat d’Allemagne », entreprend de conduire avec 2 gr sur une route française, il pourra éprouver les conseils donnés à l’époque à son client.
Le condamné Krombach a raté là la première défausse qui lui aurait permis de rester le quiet Docteur Krombach, si talentueux avec les dames. La faute au « grand avocat », à l’arrogance de l’homme qui vient s’ajouter à l’estime que se porte le pays ? Faute en tout cas. Car soudain, Krombach se met à incarner l’Allemagne toute entière.
Drôle de strabisme qui part des hommes érigés en concepts, lesquels soudain reviennent s’incarner dans celui qui en était le substrat occulté. C’est-à-dire que l’Allemagne qui défendait sa Justice, sa médecine légale, son système d’enquête, en somme son honneur d’Etat souverain, se retrouve tout à coup avec Krombach sur les bras. Trop tard : impossible de faire machine arrière.
Alors qu’il eut été si simple de solder ce dossier faute de preuves en 1985. La justice française aurait obligée de clore : il n’y avait rien à l’époque qui put incriminer de façon probante (au sens de la loi française) le suspect. Pas même encore la présomption liée à son Don Juanisme coupable. C’est là que l’orgueil d’une nation trébuche : sur un courrier traité dédaigneusement au prétexte qu’il est « inconcevable » de s’adresser ainsi à un citoyen Allemand.
La suite, on la connait.
Nul ne sait quels sentiments Dieter Krombach entretient aujourd’hui à l’égard de son « grand avocat ». Y pense-t-il encore ? Nul ne sait si le procureur de Kempen a eu une promo. D’ailleurs, qui s’en soucie ? Tout cela est balayé. Ne restent que des cendres au parfum âcre qui marquent plus durablement le système qui les a cautionnées que les hommes qui ont allumé le feu.


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